Inauguration de la «Place de l’Europe» : Gorée assume son histoire européenne

Patrimoine mondial de l’humanité, Gorée a aussi, il ne faut pas l’oublier, un passé européen. Une histoire qu’assument totalement les autorités de l’île, en étrennant la « Place de l’Europe » rénovée grâce à l’appui financier de l’Union européenne.

Dans le cadre de la célébration de l’année européenne du patrimoine culturel, le chef de la délégation de l’Union européenne (Ue) au Sénégal, Joaquin Gonzalez-Ducay, a procédé, ce 9 mai, avec les autorités municipales et le ministère de la Culture, à l’inauguration de la nouvelle « Place de l’Europe » à Gorée. Erigée en 2003, lors de la visite de Romano Prodi, alors président de la Commission de l’Ue, l’endroit était depuis lors dans un état de délabrement total. En contribuant à sa réhabilitation, pour un coût d’environ 150 millions de FCfa, cofinancé avec l’Etat du Sénégal et la commune de Gorée, l’Ue a voulu contribuer au renforcement de l’attractivité de l’île, en tant que haut lieu de culture et du tourisme. « Nous avons voulu lui donner un peu plus de brillance et accroître son attrait touristique », explique le chef de la délégation de l’Ue au Sénégal. Cependant, comme le révèle le maire de Gorée, les contraintes furent nombreuses. L’inscription au Patrimoine mondial de l’humanité exige de préserver l’authenticité du site. Il fallait donc « éviter d’être figé, tout en se tournant vers l’avenir », note Me Senghor.

Selon lui, les sites classés Patrimoine mondial ont besoin d’être aidés pour apporter une valeur ajoutée moderne. Les fouilles, effectuées avec beaucoup de précautions, ont permis d’exhumer quelques vestiges comme cette pièce d’artillerie désormais conservée au musée de l’île. « Un patrimoine ne doit pas être figé, il doit être dynamique. C’est pourquoi, il était important que les travaux de restauration soient faits en rapport avec le ministère de la Culture, le gardien du patrimoine », souligne Birane Niang, secrétaire général du ministère de la Culture.

Cette inauguration de la Place de l’Europe, qui coïncide avec le 40ème anniversaire de l’inscription de l’île sur la liste du Patrimoine mondial de l’Unesco et la 70ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, a été l’occasion de réaffirmer le passé européen de l’île. Une histoire totalement assumée des deux côtés. « Gorée fait partie de l’histoire de l’Europe. Des siècles durant, elle a été au cœur des rivalités entre nations européennes pour le contrôle de la traite négrière et reste ainsi un symbole de l’exploitation des hommes par d’autres hommes », explique M. Gonzalez-Ducay.

Un lieu de dialogue des cultures

« Qu’on ne nous demande pas d’assumer une part de notre histoire et d’en rejeter une autre », appuie Me Augustin Senghor, le maire de Gorée, rappelant que si l’île est, bien sûr, sénégalaise, elle a été (aussi) hollandaise, portugaise, anglaise et française. Eriger une Place de l’Europe sur l’île, c’est « une manière d’assumer ce passé, se reposer sur le socle de ce passé pour se projeter vers l’avenir et faire vivre au présent cette histoire aux populations et aux nombreux visiteurs de l’île », explique l’édile. Pour le chef de la délégation de l’Ue au Sénégal, ce passé mérite d’être rappelé d’autant plus qu’en plein 21ème siècle, une nouvelle forme d’esclavage a vu le jour : le trafic de migrants, « le plus odieux des méfaits du crime organisé, sans pour autant être perçu comme tel ». S’il est impossible de changer l’histoire, le diplomate européen pense qu’on peut « s’en servir » pour bâtir une nouvelle relation et un meilleur avenir pour que le rêve sénégalais (ou africain) puisse se réaliser au Sénégal par les jeunes Sénégalais. C’est aussi ce message qu’ont voulu faire passer les deux parties en donnant une seconde vie à cet espace « où le passé parle au présent » pour en faire définitivement un lieu de réconciliation et de dialogue des cultures.

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