Pourquoi l’Iran et Israël s’affrontent-ils en Syrie ?

Regain de tensions après le retrait des Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien. Jeudi 10 mai, l’Etat hébreu a envoyé des missiles vers Damas en réponse à des tirs de roquettes attribués à l’Iran sur le plateau du Golan, territoire syrien annexé par Israël. Les frappes ont fait au moins 23 morts, selon un décompte de  l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). Cette escalade militaire sans précédent intervient après des semaines, voire des années de tensions entre Israël et l’Iran. Franceinfo revient sur la genèse de cette confrontation.

Parce que le Golan est une région stratégique

Situé dans le sud-ouest de la Syrie et accolé à Israël, le plateau du Golan est un territoire syrien. Mais depuis la guerre des Six Jours de juin 1967, qui a opposé Israël à la Jordanie, l’Egypte et la Syrie, l’Etat hébreu occupe cette région, qu’il a annexée en 1981. Si cette annexion est dénoncée par la communauté internationale comme étant “nulle et non avenue”, selon la résolution 497 du Conseil de sécurité de l’ONU, elle permet à l’Etat hébreu de bénéficier d’une zone tampon avec ses rivaux.

Le Plateau du Golan
Le Plateau du Golan (Google Maps)

Son emplacement est d’autant plus stratégique qu’il se trouve proche du Liban, d’où vient le mouvement chiite du Hezbollah, créé en 1982 et allié reconnu de l’Iran. Israël craint en effet que l’Iran n’agisse dans la zone, de manière indirecte, par le biais du Hezbollah libanais, explique Le Monde (article payant), qui précise que le mouvement chiite “a été accaparé récemment par les élections législatives au Liban”.

Les ressources en eau jouent également un rôle crucial dans les enjeux qui entourent le plateau du Golan, relève Ouest-France. La zone est traversée par d’importantes sources comme celles du Banyas qui rejoint le Jourdain, la rivière Dan, ou encore le Hasbani en provenance du Liban. Au milieu des années 1960, ces ressources ont d’ailleurs fait partie des principales causes du contentieux israélo-syrien.

Parce que l’Iran soutient Bachar Al-Assad

Depuis 2011, la guerre civile en Syrie a rendu encore plus complexe la situation au Moyen-Orient. La rébellion (sunnite) est soutenue par les pays occidentaux, l’Arabie saoudite ou la Turquie tandis que le régime de Bachar Al-Assad trouve lui des appuis du côté de la Russie, de l’Iran (chiite) et du Hezbollah libanais. Depuis le début du conflit, des forces militaires iraniennes, dont des soldats d’élite du Corps des Gardiens de la Révolution, se sont aussi positionnées en Syrie.

Dès 2015, avec l’intervention de la Russie en faveur du régime, l’armée de Bachar Al-Assad, aidée par les forces iraniennes et des milices chiites, s’est rapprochée du plateau du Golan, redevenu “une zone de confrontation”, explique Le Figaro“Le Sud-Liban était depuis les années 1970 la seule ligne de front entre le monde arabe et Israël”, explique le géographe Fabrice Balanche dans le quotidienDésormais, “dès que les Iraniens ou les milices chiites arrivent à moins de 40 km du Golan, les Israéliens ouvrent le feu”.

Parce qu’Israël redoute l’influence grandissante de Téhéran au Moyen-Orient

Dans ce contexte, Israël redoute particulièrement la constitution d’une grande zone d’influence chapeautée par l’Iran, appelée “corridor iranien” ou “croissant chiite”, qui traverserait l’Irak, la Syrie et le Liban. L’Etat hébreu craint aussi que Téhéran ne profite de la déroute de l’Etat islamique pour “étendre son influence avec l’installation de bases militaires”, ajoute Le Journal du dimanche.

Ces derniers mois, les tensions sont montées d’un cran entre les différents belligérants. En février, après le survol d’un drone – attribué à l’Iran – au-dessus du territoire israélien, un avion F16 israélien a été abattu (une première depuis 1982) lors d’une opération de représailles menée par Damas. En avril, deux attaques en Syrie, dont une visant une base militaire à Homs, ont été attribuées à l’Etat hébreu. La première, menée le 9 avril, a fait 14 morts, dont sept soldats iraniens ; la seconde, le 29 avril, a tué 26 combattants prorégime, dont une “majorité” d’Iraniens.

Parce que le retrait des Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien ravive les tensions

En déchirant l’accord sur le nucléaire iranien, promesse de campagne de Donald Trump, le président américain s’est rangé du côté israélien. Mais il a aussi provoqué de vives réactions. “La première puissance militaire mondiale, les États-Unis, donne en quelque sorte un blanc-seing à Israël pour agir sur le territoire syrien et agir contre l’Iran”, décrypte Frédéric Pichon, professeur de géopolitique, spécialiste de la Syrie, pour franceinfo.

Mercredi, des députés iraniens ont ainsi brûlé un drapeau américain au sein du Parlement, criant “mort à l’Amérique”. Et la première confrontation directe entre l’Iran et Israël sur le territoire syrien, fait craindre une flambée de violences à la communauté internationale. Pour l’instant, le président iranien Hassan Rohani tente de calmer le jeu. Jeudi, il a ainsi déclaré ne pas vouloir de “nouvelles tensions” au Moyen-Orient lors d’un entretien téléphonique avec Angela Merkel.

“Hassan Rohani n’a pas intérêt à ce que les choses s’enveniment, analyse Ramin Parham, écrivain et opposant iranien, interrogé sur franceinfo. Il sait que sur le plan militaire l’Iran ne fait pas le poids.”

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