«MON FILS M’A DIT QU’IL PARTAIT EN LIBYE FAIRE LE JIHAD»

Attrait à la barre Chambre criminelle spéciale du Tribunal de grande instance hors classe de Dakar à titre de simple renseignement, dans le cadre du procès pour apologie du terrorisme, Massamba Diop, père du présumé recruteur de djihadistes, Moustapha Diop, a fait des aveux. Parlant de son fils, il a fait savoir que ce dernier lui a dit, une fois arrivé en Libye, qu’il est parti faire le jihad, avant de solliciter ses prières. Massamba Diop a aussi tenu des propos de nature à justifier ou montrer qu’il agrée le au jihad violent.

Il était à la barre de la Chambre criminelle spéciale hier, mardi 8 mai, 17e jour d’audience, à titre de témoin pour simple renseignement dans le cadre du procès pour apologie du terrorisme, blanchiment de capitaux et actes de terrorisme par menace, entre autres crimes reprochés à l’Imam Aliou Ndao et compagnie. Massamba Diop, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est le père de Moustapha Diop, un nom qui est revenu très souvent dans les débats de la Chambre criminelle spéciale. La raison, c’est que ce dernier, appelé aussi Mouhamed Diop, a été cité presque par tous les accusés comme étant le principal bailleur de leur voyage dans le fief de Boko Haram au Nigéria. Et, selon les informations véhiculées par les prévenus et non encore officielles, Moustapha Diop est mort dans le bastion de l’Etat islamique en Libye.

Son père, Massamba Diop, attrait à la barre, a confirmé que son fils s’est rendu en Libye pour combattre à côté de l’Etat islamique.  «Une fois en Libye, Moustapha Diop m’a dit qu’il est parti pour faire le jihad, en réponse aux attaques contre les musulmans», a-t-il dit. Par ailleurs, Massamba Diop a révélé qu’en partance pour la Libye, son fils ne l’avait pas informé de sa destination initiale.  Il lui aurait dit qu’il partait pour l’Arabie Saoudite. Interpellé sur sa responsabilité sur l’engagement de son fils, le vieux Massamba Diop, (il est né en 1953) a répondu qu’étant donné que son fils a fait des études qui peuvent lui permettre de comprendre son choix, ce dernier était responsable de ses actes.

LA POSITION CONTROVERSEE DE MASSAMBA DIOP SUR LE JIHAD

Cependant, à la barre, le père de Moustapha Diop a fait des aveux qui conforteraient son accord dans le choix de son fils. En effet, l’attitude de Massamba Diop était un peu confuse, tendant même à se demander s’il n’est pas, de temps à autre, en train d’avoir des fuites de mémoire. Après avoir dit que son fils est maître de ses actes car il a suivi une formation lui permettant de faire son propre choix, il est revenu pour dire qu’il a formulé des prières pour son fils qui souhaitait mourir en zone de combat.

Evoquant toujours ce choix de son fils, Massamba Diop a estimé qu’au temps du Prophète (Psl) un homme s’est senti inutile pour la société parce qu’il est mort non pas en zone de combat mais dans son lit.  Suite à une question du substitut du procureur, Aly Ciré Ndiaye, le père de Moustapha Diop a ajouté: «j’ai pitié de la communauté musulmane, surtout du Sénégal. Comment se fait-t-il que dans un pays qui se dit musulman à 95%, on demande à une personne s’il croit au Jihad» ? Cette réponse a poussé Aly Ciré Ndiaye à revenir à la charge. Et, Massamba Diop, plus ou moins confus, de soutenir que lui-même fait le jihad car il s’occupe de ses enfants. Ces deux déclarations controversées du prévenu ont poussé le maître des poursuites, Aly Ciré Ndiaye, a sollicité des éclairages. Car, à chaque fois qu’il parle du jihad, le prévenu a tendance à faire allusion à la forme violente.

Le président du tribunal, Samba Kane, a saisi l’occasion pour prendre la parole et demander au procureur de revenir à la question relative au fait que Massamba Diop ait prié pour son fils, Moustapha Diop, qui voulait mourir en zone de combat.  «Quitter le Sénégal et dire que je soutiens mes parents musulmans en difficulté, c’est le jihad. Tout peut arriver quand un musulman part aider ses proches». Lors de son audition, le père de Moustapha Diop a toutefois précisé qu’il ne demande pas à ses autres enfants d’aller combattre car, note-t-il, Moustapha Diop est parti de son propre gré.  Constatant une variation dans les propos du témoin sur le Jihad, le président du tribunal, Samba Kane, a demandé à Massamba Diop si la forme violente du jihad choisie par son fils est normale ? Il a rétorqué que le jihad que Moustapha Diop est parti faire, est une recommandation de l’Islam.  Et, quiconque s’investi dans cette voie, sera récompensé par Dieu.  Mieux, ajoute-t-il, Moustapha Diop lui a une fois dit qu’empêcher un musulman de choisir cette forme de jihad revient à lui interdire d’aller à la mosquée. Le vieux Massamba Diop affirme, par ailleurs, que son fils lui a indiqué que le jihad est nécessaire et que même si des érudits ne le font pas, cela n’empêche pas sa pratique d’être normale.

«J’AI TROUVE UNE AUDIO DE MAKHTAR DIOKHANE DANS LA MACHINE QUE MON FILS M’A LAISSEE»

Le père du Moustapha Diop a fait savoir, à la barre du tribunal qu’il ne parvient pas à reconnaître Makhtar Diokhané parmi les accusés. Tout ce qu’il retient de l’homme, c’est un message audio qu’il a trouvé dans la machine que lui a laissée son fils avant de partir. Selon Massamba Diop, dans cet enregistrement, le débat tournait autour des personnes qui ne se conforment pas aux recommandations du Coran.  Makhtar Diokhané y avait participé, à côté d’un professeur d’arabe nommé Mor Kébé. Massamba Diop a aussi relevé à la barre qu’il n’a pas été informé que son fils a trouvé un financement de 65.000 euros à Makhtar Diokhané. Mieux, ajoute-t-il, il ne savait pas que son fils est le principal recruteur de combattants pour les groupes jihadistes. Interrogé sur ses relations avec l’imam Aliou Ndao, le père de Moustapha Diop a dit qu’il l’a juste connu à travers des messages audio trouvés dans l’ordinateur de son fils. Il l’a rencontré lors d’une conférence tenue au Lac Rose et il comptait lui rendre visite, une fois dans son village d’origine à Fass Barigo, une localité qui se trouve dans la région de Kaolack. Pour Massamba Diop, tous les prêches de l’imam Aliou Ndao sont fondés sur la religion et les hadiths. Le petit-frère de Moustapha Diop, qui aussi comparu à la barre de la Chambre criminelle spéciale à titre de simple renseignement, a soutenu avoir décliné l’invitation de son frère pour la Libye car, il n’était pas intéressé par le jihad.

MODOU DIOP, PERE D’ABDOU LAHAT DIOP, CRAQUE A LA BARRE : «Je n’ai jamais pensé que mon fils serait mêlé dans cette affaire»

C’est un père meurtri qui a comparu a titre de simple renseignement, devant la Chambre criminelle spéciale, sur le cas de son fils Abdou Lahat Diop supposé être dans les rangs de groupes jihadistes. «Je n’ai jamais pensé que Lahat serait cité dans des faits liés au térrorisme. Il était calme», dit-il. Se souvenant d’un fils qui n’était pas aussi obnubilé par l’argent, Modou Diop, en larme, a indiqué qu’il partirait à la recherche de son fils, s’il connaissait l’actuel lieu de résidence de ce dernier.

Son amertume est d’autant plus grande, confie-t-il, qu’il ne sait pas si son fils est mort ou vivant. Polygame, il vit entre ses deux maisons. Et, c’est dans une soirée de dimanche, il y a de cela deux ans, qu’on l’a informé de la disparition de son fils. Depuis lors, malgré les nombreuses recherches, il reste sans aucune information sur son enfant. Au moment de son départ, Abdou Lahat était en classe de première S au lycée moderne de Dakar.

PRESUME RECRUTEUR DES JIHADISTES : Moustapha Diop raconté par son père

L’absent le plus présent au procès des présumés terroriste, c’est Moustapha Diop. Son nom est revenu dans toutes les auditions. Au 17e jour d’audience hier, mardi 8 mai, devant le Chambre criminelle spéciale chargée de connaître du dossier du terrorisme, le père, Massamba Diop, interrogé comme témoin, a raconté sur son fils. Moustapha Diop est parti rejoindre ses frères en Arabie Saoudite, après avoir réussi à un concours organisé par l’Institut islamique. Avant de rejoindre la Libye, Moustapha Diop s’était marié avec Mame Awa Camara. Cette dernière a rejoint son mari à Syrte, ville libyenne contrôlée par l’Etat islamique, après son accouchement, en compagnie de son enfant.

Selon Massamba Diop, ses échanges téléphoniques avec son fils remontent à deux semaines avant sa convocation à la gendarmerie, a-t-il dit. Soupçonnant d’avoir été mis sous écoute, le père a demandé depuis lors à son fils de ne pas l’appeler. Il a «appris» la mort de son fils à travers la presse.  A son retour au Sénégal, après le séjour saoudien, Moustapha Diop ne vivait pas chez son père. Selon Massamba Diop, son fils vivait avec un ami à Ouakam. Puis Moustapha Diop a eu à fréquenter le quartier Mariéme Mbengue du Lac Rose. Il priait à la mosquée «ibadou» de ce quartier.

Face au juge Samba Kane, le vieux Massamba Diop a affirmé que l’imam de cette mosquée, un nommé Sidy Sarr, est parti rejoindre Moustapha Diop, en Libye.  Lamine Ndiaye, le mari d’Aïda Sagna remise ces derniers temps aux autorités sénégalaises par la Police libyenne, est originaire du même quartier. Moussa Mbaye, un supposé recruteur vivait aussi au séjourné au Lac Rose.

Le petit frère, Alioune Diop, a partagé, sur un ton plaisantin, que son grand-frère lui avait dit qu’il était en partance pour deux pays. Le président du tribunal lui a rappelé cette déclaration qu’il avait faite à l’enquête préliminaire et selon laquelle son frère Moustapha Diop s’y rendait pour poser des bombes. Son frère Moustapha Diop lui a aussi dit qu’il était à la recherche des américains, comme ces derniers sont à la recherche des jihadistes. Cette affirmation a été faite quand son frère essayait de le convaincre de rejoindre les rangs de l’Etat islamique.

 

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