Grand-Dakar, 70 ans d’histoire

Quartier mythique de la presqu’île du Cap-Vert, Grand-Dakar se situe au cœur de l’agglomération dakaroise. Auparavant, il désignait l’extension de la ville indigène en dehors de la Médina c’est-à-dire l’ensemble des quartiers qui se situe au nord du Canal VI. Fondé dans un premier temps pour recaser les bidonvilles centraux à l’époque colonial, il situe au carrefour sensible des axes routiers stratégiques qui mènent vers le centre-ville.  A l’origine, le site n’était qu’un terrain vague caractérisé la présence d’arbustes épineux, de baobabs et vastes champs de mil (Bassi), allant de l’actuel Complexe Massalikoul Djinane jusqu’à Cité Bissap anciennement appelé Gouye Thieurigne, cultivé par les Lébou de Kaye Findiw (l’un des 6 pinth Lébou situé au plateau) et sillonné par les rails allant de Mermoz au chantier du chemin de fer Dakar-Niger.

C’est en 1948 après la seconde guerre mondiale que fût décidé la création du Grand-Dakar par Lamine Guèye. L’apport exponentiel de populations fuyant les campagnes à cause de la crise économique et sociale engendrée par la participation de la France, puissance coloniale, à la seconde guerre mondiale, la ville de Dakar accueillit des milliers de ruraux du Walo, du Cayor, du Baol et du Fouta à la recherche d’emplois. Ainsi, des dizaines de bidonvilles furent créés les squatteurs à la périphérie du centre-ville.  Pour desserrer l’étau des bidonvilles, moderniser et restructurer la ville de Dakar, un nouveau Plan Directeur de l’Urbanisme (PDU) fut mis en place en 1946, sous la houlette de Lopez, Burton et Lambert dont la STAGD (Société Temporaire d’Aménagement du Grand- Dakar) était chargé de l’exécution des travaux reprenant les travaux de Hoyez sur la création de la discontinuité de la vile indigène et européenne. Un lot de 1500 parcelles fut découpé entre le boulevard Dial Diop (Rue 10) et l’avenu Cheikh Ahmadou Bamba (Rue 13) pour accueillir les nouveaux déguerpis. C’est dans ce contexte que fut créé les cités résidentielles africaines de Zone A (Administration), de Zone B (Ballons ou Bulles) chargées d’accueillir respectivement les fonctionnaires et employés de l’administration coloniale et les Sicap Grand-Dakar (rue Darabis).                                     Toutefois, il faut noter que Taïba, incorporé aujourd’hui dans la commune de Grand-Dakar, est antérieur aux lotissements ayant accueillis les déguerpis. Jonché entre la Zone A et le Cerf-Volant (il désigne les intersections des avenues Dial Diop et Cheikh Ahamdou Bamba et leurs intersections avec le rue G, en bref l’ex terrain foyer), il fût fondé par les Lébou en 1946. Pour rappel, la toponymie est empruntée au village de Taïba Ndiaye dans le département de Tivaouane dont une partie fût réquisitionné par l’administration coloniale, après la découverte de gisements de phosphate. Par la suite, le propriétaire, d’origine Lébou, fut dédommagé en plusieurs terrains à Dakar, c’est ce qui explique la conservation de la toponymie : Taïba Grand-Dakar. Il accueillit la plupart des victimes du second vague de déguerpissement des années 60-70.  Grand-Dakar accueillit dans un premier temps les habitants de bidonvilles de Potou (actuel dépôt Shell et la gare de Bel-air vers le môle 8) puis ceux de Seuk-bi (aux alentours de la maison du Parti Socialiste et du camp Mazout), Diacksao, Touba, Baye Laye, Missirah et Tivaouane (actuel Colobane et place de l’obélisque). A l’époque, les habitants acceptant volontairement de quitter les bidonvilles se voyaient octroyer gratuitement une parcelle 150 mou de 300 m2 selon le ménage par le gouverneur Colombani et le commandant Dacko.  En ce moment, la plupart des maisons étaient en paille ou en baraque de bois souvent ravagés par les incendies souvent récurrents. Durant les années 50, la densification progressive de l’espace doublée d’une absence totale d’assainissement avait ainsi amené à l’administration coloniale à repenser sa stratégie d’accompagnement des infrastructures et des équipements collectifs tout en dotant le quartier de toilettes publics collectifs en forme de maison Ballon, un unique réseau d’adduction d’eau qui se trouvait à l’intersection de la route des puits (actuel avenu Bourguiba) et la Rue 10 (actuel avenue Dial Diop). En 1953, les dignitaires du quartier sous l’impulsion de Serigne Abdou Aziz Sy, khalife général des Tidiane, inaugurent grande mosquée El Mansour, qui dès son ouverture, polarisa, pour les prières du vendredi, l’ensemble des fidèles de de Zone A au Sicap Liberté en passant par Point E. La mosquée est construite dans un style arabo-berbère reprenant les mêmes logiques en termes d’architecture et de décoration visibles dans les mosquées marocaines. Pour rappel, El. Hadji Matar Dieng fut le premier imam de la mosquée. C’est en 1953 que le P. Michel initia un projet de construction d’une paroisse au nord du Cerf-Volant ; l’école Saint- Pierre ouvre ses portes en cette même année de 1953 puis l’école Sainte-Thérèse, réservée pour les filles, est ouverte en 1956 par trois sœurs de Saint Charles D’Angers. La pose de la première pierre du paroisse Sainte-Thérèse du Grand-Dakar a eu lieu le 23 janvier 1955.

Des écoles primaires seront aussi seront créés, dans le cadre du renforcement des équipements collectifs,  pour fixer les populations : Bassam Goumba devenu Issa Kane en 1950, l’école Taïba devenu Maguette Codou Sarr Ndiaye en 1953, la route des puits en 1956 puis les écoles cerfs-volants dans les années 50 et 60.

C’est entre 1968 et 1973 avec le second PDU d’Ecochard ou « l’urbanisation du Bulldozers » que le quartier bénéficia du renforcement de ses équipements avec l’assainissement, la densification des robinets publics et des routes bitumés.

Les reformes de 1996 de gouvernement socialiste ont érigées la région en collectivité locale. Dans ce cadre, la région de Dakar est divisée en quatre (4) circonscriptions : Dakar, Pikine, Rufisque et Guédiawaye. Cette réforme avait permis à Grand-Dakar d’accéder au statut de commune d’où le transfert de plusieurs compétences.

Durant les années 2000 avec l’accession au pouvoir du gouvernement libéral, il bénéficia de l’érection d’une poste de police, d’un centre culturel et d’un centre de santé.                                                                                                                                                                                 Grand-Dakar, un melting pod, aujourd’hui, fait partie des quartiers les mieux lotis avec une trame spatiale et des ilots parfaitement bien organisés. Cependant, la bombe de stigmates négatives accolée à sa jeunesse, le banditisme, la verticalisation progressive du bâti accompagnée par la dégradation lente du système d’assainissement et enfin la promotion d’un développement local inclusif et participatif restent encore des défis de taille à relever.

El. Hadji ibrahima Faye                                                                                     

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